« 2030 : Je ne possède rien, je n’ai aucune vie privée … » Le futur rêvé du Forum de Davos ?

Alors que se tiendra la nouvelle édition du World Economic Forum du 22 au 26 mai à Davos, il nous a semblé intéressant de relayer cet article paru en novembre 2016 sur le site officiel du Forum en question, et repris par le magazine Forbes dans la foulée.

L’auteur, Ida Auken est une femme politique danoise, députée, ministre de l’écologie dans son pays de 2011 à 2014, et par ailleurs Young Global Leader et contributeur au WEF.

Il est à noter que pour une raison inconnue, l’article en question a été supprimé du site du WEF, mais qu’avant cette disparition inexpliquée Ida Auken avait jugé nécessaire de reprendre son texte pour y ajouter la précision suivante : « Certaines personnes ont vu cette publication comme mon utopie ou mon rêve du futur. Ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un scénario montrant vers quoi nous pourrions nous diriger – pour le meilleur et pour le pire. J’ai écrit ce texte pour lancer une discussion sur les avantages et les inconvénients de l’évolution technologique actuelle. Lorsque nous traitons de l’avenir, il ne suffit pas de travailler avec des rapports. Nous devons entamer des discussions par de nouveaux moyens. C’est l’intention de cette publication. »

Enfin, plusieurs « fact-checkeurs » et notamment ceux de l’agence de presse Reuters ont tenu à démontrer que non, Le Forum économique mondial « n’a pas pour objectif déclaré que les gens ne possèdent rien d’ici 2030. »

Chacun se fera son opinion à l’aune du texte de Mme Auken ci-dessous :

« Bienvenue en 2030 : je ne possède rien, je n’ai aucune vie privée et la vie n’a jamais été aussi belle. »

« Bienvenue en l’an 2030. Bienvenue dans ma ville – ou devrais-je dire, « notre ville ». Je ne possède rien. Je ne possède pas de voiture. Je ne possède pas de maison. Je ne possède pas d’appareils ménagers ou de vêtements.

Cela peut vous sembler étrange, mais c’est parfaitement logique pour nous dans cette ville. Tout ce que vous considériez comme un produit, est maintenant devenu un service. Nous avons accès aux transports, au logement, à la nourriture et à toutes les choses dont nous avons besoin dans notre vie quotidienne. L’une après l’autre, toutes ces choses sont devenues gratuites, si bien qu’il n’était plus justifié pour nous de posséder grand-chose.

D’abord, la communication s’est numérisée et est devenue gratuite pour tous. Puis, lorsque l’énergie propre est devenue gratuite, les choses ont commencé à bouger rapidement. Le prix des transports a chuté de façon spectaculaire. Il n’était plus rationnel de posséder une voiture, car nous pouvions appeler en quelques minutes un véhicule sans chauffeur, ou pour des trajets plus longs une voiture volante. Nous avons commencé à nous déplacer de manière beaucoup plus organisée et coordonnée lorsque les transports publics sont devenus plus simples, plus rapides et plus pratiques que la voiture. Aujourd’hui, j’ai du mal à croire que nous ayons accepté les encombrements et les embouteillages, sans parler de la pollution atmosphérique due aux moteurs à combustion. Qu’est-ce qui nous passait par la tête ?

Parfois, j’utilise mon vélo lorsque je vais voir des amis. J’apprécie l’exercice et le trajet. Cela invite l’âme au voyage. C’est drôle comme certaines choses semblent ne jamais perdre leur intérêt : marcher, faire du vélo, cuisiner, dessiner et jardiner. C’est riche de sens et cela nous rappelle que notre culture est née d’une relation étroite avec la nature.

« Les problèmes environnementaux semblent lointains »

Dans notre ville, nous ne payons pas de loyer, car quelqu’un d’autre utilise notre espace libre lorsque nous n’en avons pas besoin. Mon salon est utilisé pour des réunions d’affaires lorsque je ne suis pas là.

De temps en temps, je choisis de cuisiner pour moi. C’est facile : les équipements de cuisine nécessaires sont livrés à ma porte en quelques minutes. Depuis que le transport est devenu gratuit, nous avons cessé d’avoir toutes ces choses entassées dans notre maison. Pourquoi garder une machine à pâtes et une crêpière entassées dans nos placards ? Nous pouvons simplement les commander quand nous en avons besoin.

Cela a également facilité la percée de l’économie circulaire. Lorsque les produits sont transformés en services, personne ne s’intéresse aux objets ayant une courte durée de vie. Tout est conçu pour être durable, réparable et recyclable. Les matériaux circulent plus rapidement dans notre économie et peuvent être transformés en nouveaux produits assez facilement. Les problèmes environnementaux semblent bien loin, puisque nous n’utilisons que des énergies et des méthodes de production propres. L’air est pur, l’eau est propre et personne n’oserait toucher aux zones protégées de la nature car elles constituent une telle richesse pour notre bien-être. Dans les villes, nous avons beaucoup d’espaces verts et des plantes et des arbres partout. Je ne comprends toujours pas pourquoi, dans le passé, nous avons rempli de béton tous les espaces libres de la ville.

La mort du shopping

Le shopping ? Je ne me souviens plus vraiment de ce que c’est. Pour la plupart d’entre nous, cela s’est transformé en choix d’objets à utiliser. Parfois, je trouve ça amusant, et parfois je veux juste que l’algorithme le fasse pour moi. Il connaît mes goûts mieux que moi, maintenant.

Lorsque l’Intelligence Artificielle et les robots ont pris en charge une grande partie de notre travail, nous avons soudainement eu le temps de bien manger, de bien dormir et de passer du temps avec d’autres personnes. Le concept d’heure de pointe n’a plus de sens, puisque le travail que nous faisons peut être effectué à tout moment. Je ne sais pas vraiment si j’appellerais cela du travail. Il s’agit plutôt de temps de réflexion, de temps de création et de temps de développement.

Pendant un certain temps, tout a été transformé en divertissement et les gens ne voulaient pas se préoccuper des questions difficiles. Ce n’est qu’au dernier moment que nous avons découvert comment utiliser toutes ces nouvelles technologies à d’autres fins que de tuer le temps.

« Ils vivent des vies différentes en dehors de la ville »

Ma plus grande inquiétude concerne tous les gens qui ne vivent pas dans notre ville. Ceux que nous avons perdus en route. Ceux qui ont décidé que c’était devenu trop, toute cette technologie. Ceux qui se sont sentis obsolètes et inutiles quand les robots et l’IA ont pris une grande partie de nos emplois. Ceux qui ont été dérangés par le système politique et se sont retournés contre lui. Ils vivent des vies différentes en dehors de la ville. Certains ont formé de petites communautés autosuffisantes. D’autres sont restés dans les maisons vides et abandonnées des petits villages du 19ème siècle.

De temps en temps, je suis agacé de ne pas avoir de réelle intimité. Je ne peux aller nulle part sans être enregistré. Je sais que, quelque part, tout ce que je fais, pense et rêve est enregistré. J’espère simplement que personne ne s’en servira contre moi.

Ida Auken
Source/Crédit : WEF

Dans l’ensemble, c’est une belle vie. Bien meilleure que le chemin que nous suivions, où il était si clair que nous ne pourrions pas continuer avec le même modèle de croissance. Toutes ces choses terribles qui arrivaient : maladies liées au mode de vie, changement climatique, crise des réfugiés, dégradation de l’environnement, villes complètement congestionnées, pollution de l’eau, pollution de l’air, troubles sociaux et chômage. Nous avons perdu beaucoup trop de personnes avant de nous rendre compte que nous pouvions faire les choses différemment. »

Auteur : Ida Auken pour le site du Forum Économique Mondial

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