La CNIL se lâche : TousAntiCovid ne sert à rien (ou presque)

Alors que de nombreux experts expliquent depuis des mois que le principe de « contact tracing » de TousAntiCovid ne peut pas fonctionner, la CNIL vient de pondre son rapport sur l’application. Surprise : TousAntiCovid a une « utilité marginale ». Heureusement que ça n’a pas coûté 30 millions d’euros…

Commençons par les bonnes nouvelles. Dans son rapport du 4 juillet 2022, la CNIL « ne révèle pas de dysfonctionnement majeur des systèmes d’information créés pour lutter contre la crise sanitaire ». Pour la Commission nationale de l’informatique et des libertés censée veiller à ce que l’informatique ne pas porte atteinte aux droits de l’homme et à la vie privée… Ça va. TousAntiCovid rentre dans les clous.

La CNIL a été écoutée en ce qui concerne le fichier SI-DEP (système d’information de dépistage) puisque, ce dernier ne peut plus être utilisé pour contrôler la population en quarantaine. En effet, ce fichier permet d’envoyer des messages sur l’application d’une personne contact ou contaminée pour l’inviter à rester chez elle. Le problème c’est qu’au début, des « agents préfectoraux » recevaient le numéro de sécu de la personne en question, permettant ainsi de l’identifier. Même si à notre connaissance ce n’est jamais arrivé, la police avait donc la possibilité de venir frapper à votre porte pour savoir si vous respectiez bien votre isolement.

Théorie complotiste en 2020.

Le Bluetooth ne fait pas de miracle

Mais la CNIL ne s’arrête pas là et continue avec la principale fonctionnalité de TousAntiCovid : le « contact tracing ». Il s’agit en fait d’un système qui repose sur le Bluetooth de nos appareils téléphoniques. Le système est simple à comprendre : si vous êtes contaminé, l’appli se « rappelle » de tous les gens que vous avez croisés et les incite à se faire tester.

Comme le soulignent nos confrères d’Android-MT, le système peine à fonctionner. Déjà parce que le Bluetooth n’est pas fait pour ça. Il s’agit d’un protocole de communication et rien d’autre. Vous pouvez très bien être cas contact d’une personne qui habite dans l’appartement juste à côté, mais pas d’une personne qui a toussé sur une boîte de conserve 5 minutes avant que vous ne l’achetiez.

TousAntiCovid : un « totem d’immunité »

Ensuite parce que si le Bluetooth s’active automatiquement sur le système Android une fois qu’on a démarré la fonctionnalité, ce n’est pas si simple sur iPhone. Comme iOS est tatillon sur l’utilisation du Bluetooth pour de « bêtes » histoires de sécurité, il faut que l’utilisateur pense à l’activer lorsqu’il sort de chez lui. Notons aussi que la population âgée n’a peut-être pas la compétence pour le faire. Mais ce n’est pas tout puisque la CNIL souligne un autre point important : « les statistiques d’utilisation de la fonctionnalité de suivi de contacts (proportion de cas positifs se déclarant dans l’application, nombre d’utilisateurs notifiés, proportion des personnes testées positives s’étant déclarées dans l’application après avoir été notifiées, etc.) ne semblent pas particulièrement élevées ».

Ah tiens ? On installe TousAntiCovid pour « se protéger et protéger les autres », mais bizarrement, on ne joue pas le jeu ? Certains pensent peut-être que l’installation de l’appli suffit à dresser une barrière magique autour de sa personne. Ajoutez à cela les :

« Je suis allé voir tata Denise l’autre jour, si je me déclare positif elle va prendre peur et elle va savoir que c’est moi qui l’ai contaminée. Il faut dire qu’elle ne voit plus personne depuis qu’on l’a forcée à manger sa bûche dans la cuisine…

Bah, c’est rien, je me sens bien finalement, et puis je suis vacciné trois fois (ou quatre, je ne sais plus).

Quoi ? Je suis encore cas contact ? Mais je vais finir par perdre mon job ! »

Bref, TousAntiCovid, nous ne pouvons pas dire que c’est un échec. Mais ça ne marche pas quoi…

Heureusement, la CNIL nous rassure : « le maintien de la fonctionnalité de suivi de contacts ne semble pas porter une atteinte disproportionnée aux droits et libertés des personnes ».

Nous voilà rassurés.

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