L’Union Européenne veut espionner toutes vos messageries… au nom du bien.

La Commission européenne veut mettre en place une loi permettant de contrôler les communications sur Internet pour lutter contre la pédopornographie. Le chiffrement auquel nous sommes maintenant habitués pourrait être mis à mal. Les débuts d’un système de surveillance de masse ?

Lorsqu’il s’agit de venir fouiner dans les conversations privées et de mettre le holà sur le chiffrement des communications, nos chers dirigeants déguisent aisément leur curiosité en volonté de nous protéger contre le terrorisme ou la pédopornographie. C’est cette seconde carte qu’ils ont décidé d’utiliser cette fois. Car qui ne voudrait pas protéger les enfants victimes d’abus sexuels ?

Mais faisons le point pour bien expliquer les enjeux ici…

Des robots qui vont lire vos conversations…

Ce qu’il faut savoir c’est que de plus en plus de systèmes de communication sont chiffrés. C’est à dire qu’en théorie, le contenu des conversation ne peut pas être lu. Même le décrié WhatsApp, qui appartient à Facebook, propose un système de chiffrement de bout en bout. Impossible pour un employé de WhatsApp ou un espion de savoir ce que vous racontez à un ami, ni même de voir les pièces jointes que vous échangez. De plus en plus de services de communication proposent une option de chiffrement car les utilisateurs prennent de plus en plus conscience de l’importance de ces dispositifs pour la protection de leur vie privée.

Or la vie privée, Bruxelles trouve que c’est un obstacle à plein de choses. Et puis, vous n’avez rien à cacher n’est-ce pas ? C’est ainsi que la Commission européenne a décidé de lutter contre les CSAM (child sexual abuse material ou fichiers pédopornographiques). Super ! Sauf que dans la pratique, il va falloir scanner ce qui circule sur les serveurs des plates-formes de messageries pour les signaler et les effacer le cas échéant.

La fin du chiffrement des données ?

Mais comment fait-on quand c’est chiffré ? Impossible de demander à WhatsApp, Signal ou Tutanota de fournir les clés puisque dans le cas d’un chiffrement de bout en bout, ces clés sont chez vous. C’est là que ça devient un peu malaisant, car cette loi refuse « de décourager le chiffrement » tant que les applications chiffrées se conforment au projet anti-CSAM. En clair, vous pouvez chiffrer, mais si les robots-scanneurs de la Commission européenne ne peuvent pas faire leur sale boulot, l’appli sera considérée comme illégale. La Commission a déjà commencé à s’attaquer à ce chiffrement avec son projet Digital Market Act, censé encadrer les GAFAM en permettant l’interopérabilité des messageries, mais qui va permettre au final de porter un coup fatal au chiffrement tel que nous le connaissons.

Qu’en pensent les experts ?

Le spécialiste en cryptographie Matthew Green s’inquiète de ce projet de loi « anti-CSAM » : « c’est la chose la plus effrayante que j’aie jamais vue. Il s’agit d’un nouveau système de surveillance de masse qui lira les messages privés », « le plus sophistiqué jamais déployé en dehors de la Chine ou de l’URSS. Je n’exagère pas ». Selon lui, ce sera un algorithme qui va décider si la photo que vous envoyez de votre enfant à ses grands-parents est classée CSAM ou pas. Et puis si on s’autorise à scanner les messages de citoyens pour ce genre de chose, pourquoi ne pas le faire pour les opinions politiques ? Cette proposition de loi a également été vivement critiquée par l’eurodéputé Allemand Moritz Körner, qui l’a qualifiée de « Stasi 2.0 ». Ce libéral-démocrate du parti Renew n’est pourtant pas vraiment un homme de la dissidence ou un illuminé.

4 réflexions au sujet de “L’Union Européenne veut espionner toutes vos messageries… au nom du bien.”

  1. Qu’on soit pour ou contre l’Europe ne changera rien.
    NORMAL de surveiller les pédophiles et les terroristes

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    • « NORMAL de surveiller les pédophiles et les terroristes »
      Mais est-ce normal pour réaliser cela de surveiller l’ensemble de la population ?!

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